Questions au coach

Nous avons posé nos questions à Jan Prochazka à mi-saison

Bonjour Jan. Avant d’aller un peu plus dans les détails, en quelques mots, qu’as-tu envie de dire sur cette première moitié de saison ?
Tout était nouveau pour moi en arrivant à Mulhouse. Cette première partie de saison m’a donc permis de me familiariser avec le championnat. J’ai parfois été surpris, principalement lors des matches à l’extérieur. Les patinoires ne sont pas toutes aux mêmes dimensions, il y a différentes approches du jeu selon les équipes, des influences très variées selon la provenance des joueurs constituant les effectifs. C’était donc difficile de me préparer à affronter ces adversaires dont je savais très peu de choses, mais on m’a aidé à réunir le plus d’informations possible. Désormais je connais mieux mon équipe, et je connais un peu plus nos adversaires. Nous avons connu des blessures, des mouvements de joueurs, mais à l’approche du 15 décembre l’effectif sera bientôt figé pour de bon. J’ai aussi été très exigeant avec les joueurs à l’entraînement depuis le début. Tout cela réuni fait que la deuxième partie de saison devrait être plus facile à négocier pour les joueurs comme pour moi.

Tu parles de la charge de travail pour les joueurs. Est-ce que cela va évoluer ?
Oui, absolument. Ma stratégie a été de faire bosser les joueurs très dur de septembre à maintenant. Les matches vont s’enchaîner à compter du mois de janvier et il faudra être prêt. Le but n’est pas non plus de les surcharger donc on va adapter le rythme et les exigences. Rendus en février, avec une saison déjà bien avancée, il faudra aussi penser à préparer les playoffs pour que tout le monde y arrive en pleine forme. L’objectif reste de faire en sorte que les joueurs arrivent au meilleur de leur forme pour la fin de saison. Peut-être que ça peut avoir pour conséquence de perdre des points en cours de route, mais je pense que le jeu en vaut la chandelle. Je vois en tout cas les progrès effectués par les joueurs, et notamment les jeunes, sur les aspects tactique, physique et la technique individuelle.

Les Scorpions ont plus joué à l’extérieur qu’à domicile…
Oui, le calendrier de la phase aller n’était pas facile. Nous avons affronté toutes les équipes du top-6 (Nice, Anglet, Cholet, Neuilly et Dunkerque, NDLR) chez elles. Au total, il y a eu cinq matches à domicile et sept à l’extérieur pour le moment, et l'on a enchaîné trois déplacements à Nice, Neuilly et Anglet en deux semaines. Il ne faut pas sous-estimer l’avantage dont dispose l’équipe à domicile : elle n’a pas à gérer le voyage, elle a ses repères et a l’habitude d’évoluer sur une glace aux dimensions bien précises, maîtrisant aussi la disposition et le comportement des balustrades. Cela peut sembler être des détails, mais mis bout-à-bout c’est un avantage. À ce titre je suis satisfait de nos victoires à Cholet et Neuilly. Nous avons perdu à Nice et Anglet, mais je pense que notre marge de progression est supérieure aux leurs.

Quelles équipes t’ont le plus impressionné jusqu’à présent ?
C’est sûr que Nice et Anglet sont très forts. Ce sont les équipes les plus homogènes et complètes. Nice a de très fortes individualités, peut-être plus d’expérience qu’Anglet, mais j’ai senti chez ces derniers un groupe de joueurs extrêmement soudé. J’ajouterai un dernier mot sur Dunkerque qui m’a fait forte impression, c’est très difficile d’aller gagner là-bas. Dans l’ensemble, je pense que tout le monde peut battre tout le monde, seul Toulouse-Blagnac semble plus en difficulté. Si on regarde La Roche/Yon, nos prochains adversaires, même s’ils sont avant-derniers leurs matches sont toujours très serrés.

Penses-tu que les Scorpions ont déjà produit un match référence, sur lequel tu peux t’appuyer pour construire ?
Non, je ne pense pas. Pour la simple et bonne raison que l’on a encore jamais joué au complet, avec tous le monde en santé. Nos meilleurs matches sont à venir. Je pense que notre meilleur match a été à Neuilly. Nous y avons très bien joué à cinq contre cinq, d’autant plus qu’avec les absences nous tournions à trois lignes et, en raison des méconduites, quasiment cinq défenseurs.

Est-ce que tu serais capable de décrire les principales caractéristiques du jeu pratiqué par les équipes de Division 1  ?
C’est difficile à dire, car il n’y a pas une réponse qui correspondrait à toutes les équipes. Le jeu d’une équipe est tellement influencé par la nationalité des joueurs qui composent son effectif. Certaines équipes sont plus influencées par un jeu canadien, d’autres plus par un jeu avec des joueurs tchèques ou slovaques. Nous essayons aussi de valoriser les caractéristiques des joueurs français en leur donnant un rôle. Ils peuvent nous apporter de la vitesse, du patinage, de la passion et même de bonnes habiletés techniques pour certains. Les joueurs français ont un rôle à jouer dans ce championnat. Je pense qu’on en est une preuve, avec des joueurs capables d’être décisifs sur le jeu de puissance ou de tenir la baraque en infériorité numérique.

Peux-tu nous en dire plus sur ton changement d’approche dans la préparation des matches, maintenant que tu connais les adversaires ?
J’ai maintenant sous la main les vidéos complètes de nos matches. Je vais pouvoir analyser beaucoup plus précisément et profondément le jeu de nos adversaires. On va pouvoir essayer de s’adapter à leurs stratégies pour les contrer, ce qu’il était difficile de faire jusque-là. Cela va nous être bénéfique.

Comment gères-tu les mouvements et absences de joueurs dans la constitution des lignes ?
C’est un challenge, et plus d’une fois le jeudi après-midi je n’étais pas encore certain de l’équipe que je pouvais aligner le samedi. Cela s’explique par les blessures, mais aussi par le temps nécessaire parfois pour obtenir la qualification d’un nouveau joueur. C’est bien sûr plus simple lorsque l’on peut avoir de la stabilité sur une ligne, que les joueurs se connaissent bien et ont une bonne alchimie. Ce qui est sûr, c’est que le 15 décembre approche et que passé cette date l’effectif sera figé. Il pourra toujours y avoir des blessures ou des maladies, mais on travaillera avec le même groupe pour le reste de la saison.

Si l’on regarde les statistiques, l’équipe est plutôt forte offensivement et défensivement, disciplinée, et efficace en powerplay. C’est un petit peu plus délicat en infériorité numérique en revanche.
Pour être honnête, je pense que nos statistiques sont plutôt bonnes. J’ai confiance en notre jeu de puissance. On tourne avec trois lignes ce qui est beaucoup. Ça crée aussi une émulation entre ces unités qui veulent être efficaces dans ces situations. On n’a pas forcément de top-scorer, de joueur qui peut nous faire gagner un match à lui tout seul mais à l’opposé, on a énormément de joueurs qui marquent des buts pour le moment. La défense fonctionne bien, on a eu quelques difficultés aux buts par moment mais ça va mieux. Je pensais, et je le pense toujours, que le penalty killing peut être une de nos forces. Ça a été le cas en début de saison, moins récemment alors que l’on a pris plus de pénalités. J’ai deux paires d’attaquants sur lesquelles je compte beaucoup dans cette phase de jeu, j’aimerais encore en trouver une troisième. C’est important de faire tourner les joueurs car c’est un exercice très fatigant. Et si l’on est trop fatigué dans cette phase de jeu, on ne peut pas gagner les duels, ce qui est le plus important. L’expérience de Ruslan Borysenko nous manque aussi, notamment pour annihiler les powerplay adverses.

Il y a quelques semaines, ton frère était de passage à Mulhouse ainsi que les préparateurs mentaux qui ont travaillé avec l’équipe cet été. Peux-tu revenir sur cette visite ?
À titre personnel c’était un plaisir de profiter de l’avis de mon frère qui a entraîné au Canada depuis sept ans. C’est toujours bénéfique d’avoir un regard extérieur, une connaissance d’un hockey différent. Il me donne une inspiration supplémentaire. Ça m’a aussi permis de travailler plus individuellement avec les joueurs pendant cette période. Quant aux préparateurs mentaux, ils sont en contact régulier avec nos joueurs depuis cet été. Il y a un travail individuel hebdomadaire.

Merci Jan, souhaites-tu ajouter quelque chose pour conclure cet entretien ?
Je souhaitais remercier tout mon staff, qui nous permet de travailler avec l’équipe dans les meilleures conditions au quotidien. Je pense à nos bénévoles qui s’occupent de la logistique et du matériel, le staff médical, les statisticiens et tous les autres qui se reconnaîtront. Je ne citerai pas de nom de peur d’oublier quelqu’un. Nous ressentons le soutien fort de nos dirigeants, que ce soit au sein du comité de l’ADHM comme celui de la SAS et du manager ou encore des partenaires. Cela nous permet de travailler sereinement. Nous avons une des plus jeunes équipes du championnat, c’est donc très important. Un dernier mot pour notre public, qui nous donne clairement un avantage en jouant à domicile. Je n’ai pas encore vu en France une meilleure ambiance que celle de l’Illberg.

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