L’oeil de Christer

Retour sur la dernière saison sportive

Christer, quel bilan tires-tu de cette saison avec un peu de recul désormais ?
On a bien démarré la préparation, les premiers mois ont été bons. Ensuite ça s’est corsé. On a eu du mal à apprivoiser la glace de Wittenheim, ce qui nous a posé des problèmes pour être au top techniquement et tactiquement. Physiquement non plus ça n’a pas été optimal. Et plus on a avancé dans la difficulté, plus ça devenait compliqué mentalement. Notre seuil de tolérance, joueurs comme entraîneurs, est devenu vraiment faible. Pour tenir compte de ça, avec Julien (Guimard, NDLR) nous avons aussi été contraints de réduire notre niveau d’exigence, on a fait des compromis toute la saison. Bref, sportivement on n’a pas pu faire notre boulot comme on l’aurait fait dans des conditions habituelles. On peut illustrer ça avec notre powerplay, qui la saison passée était vraiment très bon. Quelle différence avec cette saison, lors de laquelle ce fut moins bon, alors que les entraîneurs et la plupart des joueurs étaient les mêmes ? Quand à l’entraînement la glace rend les passes difficiles, la première fois on rigole. La deuxième fois moins, la troisième plus du tout. Ça frustre tous les joueurs, on s’énerve plus facilement. C’est normal, mais c’est ça qui affecte la qualité technique et tactique de notre jeu.

J’ai aussi probablement fait l’erreur de croire qu’on pouvait avoir une équipe en mode rouleau-compresseur, avec quatre lignes, dans les conditions de cette saison. Surtout qu’on s’attendait tous à retrouver l’Illberg au mois de décembre, et que le planning des matches était axé autour de ça. On s’attendait à trois ou quatre mois difficiles et basta… Je peux vous garantir qu’en apprenant la nouvelle du corbeau, ça a été un terrible coup de massue sur la tête de tout le monde. 
Après il y a tout de même du positif ! Il y a eu des difficultés, mais l’équipe a toujours su rebondir, elle n’a jamais baissé les bras. Pendant la saison régulière, malgré des matches compliqués, je ne pense pas qu’on ait été hors sujet. Un certain nombre de statistiques en attestent : on termine avec la troisième meilleure attaque, la troisième meilleure défense, Guillaume Richard termine avec la troisième meilleure moyenne de buts encaissés. Ça fait relativiser un petit peu avec le recul. Je pense que, par exemple, nous n’étions pas si loin d’Anglet cette saison. Dans un championnat aussi dense et serré, dix pour cent de réussite en plus ou en moins ça fait une énorme différence. Anglet avait peut-être ces dix pour cent en plus quand nous les avions en moins. Je suis convaincu que l’on rebondira la saison prochaine.

Dans les matches face aux équipes du haut de tableau, les Scorpions ne semblaient jamais loin de la vérité mais ont peiné à les remporter avec souvent de courtes défaites. Qu’a-t-il manqué face à ces équipes ?
Collectivement nous étions corrects je trouve, mais individuellement le potentiel n’était pas pleinement exploité et ce à tous les postes. Ça commence sur le banc avec Julien et moi. Ensuite ce n’est pas un secret, on en a parlé ensemble, Guillaume Richard a eu du mal à trouver le rythme et être en confiance pendant la saison. Il a des lacunes, mais on sait aussi ce qu’il peut faire. La saison a été difficile pour lui aussi, mais rappelons qu'il finit troisième gardien de la ligue. Ce n’est pas si mal. En défense, il nous manquait un défenseur purement défensif. En attaque il nous manquait, je pense, un vrai centre de métier capable de prendre ses responsabilités aussi bien offensivement que défensivement. On était parfois trop dépendant des exploits personnels de Pavel Mrna. Mais globalement nous étions bons, j’aurais juste voulu voir plus souvent toutes les lignes performer pleinement en même temps. On n’a vu ça qu’à Tours cette saison.

Qu’as-tu pensé de la série face à Anglet ? Le score du dernier match ne reflète pas l’écart entre les deux équipes…
On aurait pu gagner cette série. On gagne chez nous en remontant le score et en prolongation. Mais on ne peut pas gagner à chaque fois comme ça. On aurait pu gagner le premier match à Anglet aussi, qui était très serré comme les deux matches de saison régulière d’ailleurs. On manquait peut-être un peu de confiance avant d’aborder ces matches. Une semaine à l’Illberg avant les playoffs c’était trop juste. Je suis déçu et frustré de la façon dont on a fini. On a perdu les pédales, c’est dommage… Il faudra d’ailleurs prendre cela en considération pour l’avenir et la construction de l’équipe. Il y a des similitudes avec le dernier match à Bordeaux, l’an passé, dans l’attitude et c’est peut-être aussi ça qui nous coûte l’élimination.

Cette équipe d’Anglet a ensuite éliminé Nice en deux manches sèches avant de perdre en finale en causant bien des problèmes à Bordeaux…
Honnêtement je trouve qu’Anglet comme Bordeaux, Nice et bien d’autres équipes dont nous, sont des équipes de très bon niveau. Ça fait vraiment longtemps qu’on n’a pas vu une Ligue Magnus et une Division 1 aussi denses et serrées au classement. Il faut d’ailleurs féliciter le hockey sur glace français pour cela. On est rendu à un point où avoir un très bon effectif et de très bons joueurs ne suffit plus ! Aujourd'hui pour gagner il est faut être au top sur le hors glace, la condition physique, la tactique, l’analyse vidéo. Il faut avoir un staff complet. Alors évidemment tout cela est difficile à défendre, à faire comprendre. Ça a un coût certain, bien entendu, et la capacité à le mettre en place est dictée par les moyens structurels et financiers. Et si Anglet a si bien réussi, c’est qu’ils ont aussi bien travaillé sur tous ces aspects.

Si on essaie de voir ligne par ligne, comment analyserais-tu leurs performances cette saison ?
Si on commence par les gardiens, on a parfois vu ce qu’on voulait voir, on a travaillé pour ça. Maintenant les performances d’un gardien dépendent aussi de tout le bloc équipe devant lui. Nos deux gardiens travaillent très bien ensemble, et ca je trouve très important.
Si on regarde la première ligne, je trouve qu’ils ont joué sensiblement comme la saison dernière. Ils ont bien travaillé mais manquaient de régularité individuellement, c’est d’ailleurs pour ça qu’on a parfois tenté de la modifier un peu. Ondrej Martinka s’est affirmé comme un vrai leader pour l’équipe durant cette saison compliquée. 
La deuxième ligne a été celle qui a joué avec le plus de régularité. Ils ont vraiment bien bossé, d’un match à l’autre ils donnaient toujours tout et c’est d’ailleurs conforme à ce qu’on attendait d’eux. On a eu la confirmation du potentiel de Maxime Joly notamment, à tel point que le conserver pour la saison prochaine ne sera pas facile. Derrière, il faut donner du crédit à Daniel Villadsen qui je pense a contribué à la progression de Nicolas Lehericey. 
La troisième ligne, ça a été compliqué pour eux car la ligne a souvent bougé. Joe Dubé et Rolands Vigners jouaient bien ensemble. Mais ils ont manqué de stabilité au centre avec les changements trop répétitifs sur ce poste. 
La quatrième ligne a été une très bonne idée au début, on avait cinq joueurs de très bon niveau D1 en amorçant la saison. On jouait avec cette quatrième ligne puis il y a eu des contre-performances de l’équipe, des départs. On a peut-être manqué de patience et de tolérance avec eux aussi. Et c’était un peu le début de la fin.

Quand une saison est compliquée comme celle-là, le ou les entraîneurs sont forcément mis en lumière…
La remise en cause est normale. Premièrement parce que les résultats ne sont pas à la hauteur de ceux espérés et l'entraîneur est le premier responsable, et deuxièmement je suis conscient que ça peut venir aussi de mon ancienneté à ce poste. Aujourd’hui j’interviens à tous niveaux sportifs au sein du club, et forcément parfois ça fait perdre un peu le focus sur l’aspect uniquement Scorpions. Oui il y a eu des erreurs. Je peux simplement garantir une chose : chaque jour, chaque semaine cette saison, nous avons donné le meilleur de nous-mêmes et fait ce que nous pensions être le mieux pour la réussite de l’équipe avec les moyens disponibles et les conditions dans lesquelles nous évoluions. On a toujours eu une bonne relation Julien et moi et les rôles étaient partagés et clairs entre nous.

Tu as évoqué auparavant quelques manques dans l’équipe à certains postes. Est-ce qu’au-delà de ça, tu as des regrets quant au recrutement l’été dernier ?
On a toujours des regrets, rien que dû au fait que de très bonnes opportunités arrivent souvent sur le bureau mais pas toujours au meilleur timing. Il faut bien savoir que dans cette période de l’année, on est en contact avec une centaine de personnes par semaine. Parmi elles, on discute sérieusement avec une dizaine. Mais les choses changent parfois vite en fonction des ambitions fluctuantes des joueurs ou des moyens financiers et organisationnels disponibles dans les clubs à l’instant donné. Je trouve qu’on arrive malgré tout à faire du bon travail au niveau du rapport qualité-prix, année après année, comme si parfois on faisait rentrer un pied taille 42 dans une chaussure taille 37…

Et justement, où en est-on pour le moment de la constitution de l’équipe en vue de la saison prochaine ?
Depuis trois ans on essaie d’avoir cette philosophie d’équipe homogène, complète et compétitive. Comme l’an passé, on a réussi à stabiliser l’effectif et l'on ne devrait pas faire trop de changements. On est donc déjà bien avancé, certains joueurs avaient de toute façon déjà signé pour plusieurs saisons. On a la chance aujourd’hui de n’avoir aucun joueur qui a déclaré vouloir partir. C’est aussi la preuve que le club travaille bien, que la ville, notre structure et le public sont attractifs. Trois ou quatre joueurs sont encore incertains sur ce qu’ils veulent faire précisément, et il y aura certains joueurs qui ne seront pas forcément prolongés. On essaie de réduire au minimum possible la marge d’erreur sur le recrutement. On travaille avec nos armes sachant qu’on ne peut pas se déplacer à travers le monde pour aller superviser les joueurs. En tout cas avec le resserrement du championnat, on aura de moins en moins le droit à l’erreur sur ce point-là.

L’oeil de Christer

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