Entretien avec Jan Prochazka

Le coach nous livre son sentiment à mi-saison

Entretien realisé la semaine passée

Jan, comment te sens-tu en Alsace après dix-huit mois ici ? 
Nous sommes plus à l’aise cette saison, car nous connaissons mieux la ville et la région. Nous sommes bien installés, adaptés à la culture locale et essayons de progresser au niveau de la langue. Personnellement, j’adore l’Alsace. Notre fille va à la crèche et apprend le français, c’est une magnifique opportunité pour elle. Le plus important pour nous sont tous les gens qui nous entourent et nous aident au quotidien. Nous nous sentons vraiment chez nous maintenant.

Quelle est ton impression générale à mi-saison ?
La Division 1 est beaucoup plus compétitive cette année. Les trois équipes les moins fortes sont parties et deux équipes de Ligue Magnus se sont ajoutées. Il y a peu de matchs (24, NDLR), les équipes sont très proches, chacun peu battre n’importe qui, chaque but comptera. Le niveau a fait un grand bond cette année. Notre équipe aussi a progressé. 

Les Scorpions finissent la phase aller avec deux défaites et n’ont pas perdu depuis le 24 septembre.
Nous en sommes en effet à douze victoires consécutives. C’est bien de surfer sur la vague du succès, mais le plus important est de ne jamais arrêter de s'améliorer. Notre but est de faire le maximum lors de chaque rencontre. Nous essaierons toujours de gagner tous les matchs quel que soit le résultat du précédent.

Mulhouse a clairement la meilleure défense du championnat. Est-ce la raison principale de notre réussite ? 
La saison passée, nous avions déjà la meilleure défense. Pour l’instant, nous avons aussi la meilleure attaque. Notre philosophie est de proposer un jeu complet. C’est une équation compliquée pour une équipe. Cela démarre avec une préparation physique adaptée à chaque joueur. Nous faisons beaucoup de glace pour améliorer nos capacités ainsi que la partie tactique. J’utilise aussi beaucoup la vidéo pour la partie stratégie. Nous travaillons également le côté mental, et le contrôle émotionnel est clé. Le fait que nous jouions maintenant sur quatre lignes nous permet de conserver plus d’énergie pour être performant en défense tout aussi bien qu’en attaque. Si tu es fort en défense, c’est la meilleure base pour lancer l’offensive. Les joueurs travaillent tous très durs en défense en bloquant par exemple beaucoup de tirs.

Comment expliques-tu qu’avec autant de changements, la mayonnaise ait pris si vite ? 
Cela démarre par le recrutement. Nous avons recherché plus de caractère et de personnalité. Ensuite, c’est un puzzle à construire. Nous avons également mélangé les nationalités. Dès le début de la saison, nous avons fait plusieurs activités de team building, comme le camp militaire. Les joueurs ont réalisé que pour atteindre un objectif et naviguer en eaux troubles, il fallait s’entraider. Le club offre des cours de français, car la communication est très importante. Nous travaillons beaucoup sur des aspects tel le leadership mais aussi l’équipe. C’est donc un tout.

Quelle est la plus grande différence par rapport à l’an passé ? 
Les joueurs ont faim de victoires. Ils sont impliqués pour atteindre l’objectif. C’est pourquoi ils travaillent tellement dur physiquement et sont aussi fort mentalement. Nous obtenons d’excellents résultats et disposons d’un potentiel très intéressant. Notre vraie force, c’est l’équipe.

Vois-tu encore des points à améliorer ?
Nous connaissons nos faiblesses et travaillons dessus. Les joueurs ont des objectifs individuels. Une équipe est aussi forte que ses points faibles. Personne n’est parfait, mais une équipe peut l’être.

L’équipe est impressionnante en situation de supériorité et infériorité numérique.
Nous travaillons beaucoup avec les statistiques. Les Power Play (PP) et Penalty Killing (PK) sont des indicateurs clés. C’est la deuxième saison que le PP marche très bien. Les joueurs savent qu’ils auront tous l’opportunité de jouer en PP. J’essaie d’évaluer cela de manière objective, en fonction des stats, mais aussi parfois de manière plus intuitive au cours des matchs. Nous avons beaucoup travaillé sur notre PK et il semble que nous ayons trouvé un moyen de très bien gérer ces situations. C’est grâce à nos excellents gardiens et une implication très forte de tous les joueurs grâce à leur énergie et sacrifice pour l’équipe. Tout le monde est prêt à payer le prix par exemple en bloquant les tirs adverses. Toutes nos victoires contre les grosses équipes ont été acquises grâce à un PK très solide. 

Les joueurs semblent au top physiquement. N’y a-t-il pas un risque de le payer plus tard ? 
Notre stratégie est de beaucoup travailler en début de saison pour être au top à la fin. Donc, à mon avis, nous serons encore plus forts en fin de saison. Gérer l’état de forme est clé. Nous aurons un petit break pendant les fêtes pour recharger les batteries avant la dernière ligne droite et les play-offs. Nous accordons beaucoup d’importance à la récupération et disposons d’excellents coachs physiques ainsi que nutritionnistes.

Es-tu excité par le parcours en Coupe de France ? Rêves-tu parfois d’une finale à Bercy ?
Il est de plus en plus visible à mes yeux que le fossé entre la D1 et la Magnus diminue. Nous avons joué cinq fois contre Strasbourg ces deux dernières saisons et avons gagné à quatre reprises. C’est une très bonne chose que nous puissions jouer au moins encore un match contre une équipe de qualité (Grenoble le 21 décembre, NDLR). C’est une excellente expérience. Je suis très excité par ces matchs de style playoff et nous ferons notre maximum pour transformer le rêve en réalité !

Veux-tu dire un mot concernant les supporters ?
Les joueurs apprécient vraiment beaucoup l’ambiance à l’Illberg. Cela leur donne incontestablement plus d’énergie pour gagner à domicile. Nous avons de loin le meilleur public de D1. Pour moi, c’est très excitant de coacher dans une patinoire pleine. Merci à tous.

Depuis peu, deux équipes semblent sortir du lot, Briançon et Mulhouse. Va-t-on vers un duel ? 
Il est trop tôt pour juger, mais je ne pense pas. Il y a beaucoup d’équipes avec un nombre de points et des qualités très proches. La position finale n’est pas la chose la plus importante même si être dans le top quatre donne un plus en terme de confiance et le classement permet de jouer plus de matchs à domicile. Cependant, attention à la fin, n’importe quelle équipe du top huit peut être championne. 

Le fait d’être leader change-t-il l’objectif du club ?
Notre objectif à court terme est de faire le maximum à chaque match et chaque entrainement. Au niveau du club, nous devons tous (joueurs, staff, …) continuer à travailler dur quoi qu’il arrive dans le futur. Les gagnants n’abandonnent jamais. L’objectif à long terme reste de construire une équipe qui sera prête pour la Magnus. Cela veut dire continuer à développer les joueurs, l’équipe, l’organisation. Le but sera une conséquence de tout ce travail. Quand l’opportunité se présentera, il faudra être prêts.

Que reste-t-il à parfaire ?
En plus du travail sur l’équipe, nous devons encore professionnaliser le staff, compléter la structure du club. Je voyage toujours beaucoup à travers le monde pour participer à des symposiums sur le coaching. Une des choses que j’y ai appris est qu’un club qui réussit doit toujours se remettre en question et s’améliorer de manière continue ainsi que rester constant même dans des phases de défaites. Je voudrais vraiment remercier l’excellente organisation de ce club, ses dirigeants et tous les bénévoles qui contribuent tous avec beaucoup de passion. C’est un immense plaisir pour moi de créer du hockey dans un environnement aussi enthousiaste.

Manu

Entretien avec Jan Prochazka

Partager sur