Entretien avec Jan Prochazka

Première partie de notre entretien de fin de saison avec l'entraîneur des Scorpions

Jan, tout ou presque était nouveau pour toi cette saison. Te sens-tu désormais à l’aise dans cet environnement ?
C’était la première fois de ma vie que je travaillais aussi longtemps dans un pays étranger. Je suis arrivé avec des connaissances rudimentaires de langue et culture française. S’adapter prend du temps à chacun. Je ne connaissais pas le niveau de la Division 1, je n’avais jamais vu de match en France. Le seul joueur que je connaissais était Michal Klejna, qui a joué dans mon club de Pardubice à une époque où j’étais dans le staff. 
Je me sens bien installé dans la maison désormais, nous sommes entrés dans une routine avec ma famille et l’on ne perd plus de temps à résoudre les petits problèmes inhérents à notre arrivée. Je suis désormais familier des gens du club, de la patinoire, de l’organisation du club, mais aussi du niveau du championnat, de nos joueurs et de nos adversaires. Il y a beaucoup de spécificités entre les différents styles de jeu adverses, les différentes dimensions de patinoires, l’habitude de voyager de nuit dans le bus, le calendrier, etc… 
Nous avons un peu changé le visage de l’équipe en cours de saison, mis en place de nouvelles règles dans le vestiaire, augmenté le volume d’entraînements, revu le coin musculation dont on dispose. Nous avons aussi mis en place une coopération avec des spécialistes en nutrition, en préparation physique, des coaches en performance. Nous avons amélioré l’analyse statistique et vidéo. Tout cela est maintenant entré dans la routine de l’équipe, les joueurs ont pris leurs habitudes et travailler dans la continuité me donne de la confiance pour le futur. Nous allons encore progresser.

Qu’est-ce qui fut le plus inattendu pour toi cette saison ?  
Le niveau de jeu en Division 1 est très bon. Mais cela contraste pas mal avec l’organisation des clubs et l’environnement autour du hockey. Les patinoires n’ont pas toutes les mêmes dimensions, la préparation de la glace avant un match est très aléatoire, certains vestiaires à l’extérieur sont très petits. Pour l’anecdote, à Neuilly une heure avant le match des patineurs de short-track sur la glace et leur entraînement détériorait la zone des gardiens. Il aurait aussi pu être utile en séries éliminatoires d’avoir un juge-arbitre derrière les buts comme ça se voit ailleurs en Europe, ceci aurait pu aussi changer le cours de nos playoff… J’ai donc découvert un certain nombre de choses que je n’avais encore jamais vues dans ma carrière, mais c’est une bonne expérience. Cela va m’aider à m’adapter en vue de la saison prochaine et je me sens plus en confiance.

L’équipe a terminé la saison régulière quatrième, à seulement deux points de la première place. Vois-tu cela comme une réussite ou as-tu des regrets ?
L’objectif en début de saison était d’atteindre le top-4. Au final, après tous les changements dans l’équipe, nous y sommes parvenus. Je le considère comme une réussite. L’équipe a énormément progressé, surtout à partir du 15 décembre. Nous étions vraiment très près du podium. En fait, nous avions le même nombre de points qu’Anglet, qui a terminé troisième.

L’équipe a terminé la saison régulière avec douze victoires en quatorze matches, et sept victoires consécutives. Comment expliques-tu cette fin de saison régulière parfaite ?
Il a fallu du temps pour que je m’adapte, de même pour les joueurs, au début de la saison. Après avoir remodelé le visage de l’équipe, les débuts ont connu quelques turbulences. Les recrues ont aussi dû s’adapter à mon coaching, à notre système, sur le tard. Il fallait créer une bonne alchimie dans l’alignement. Des joueurs clés ont aussi été blessés. Cela nous a pris au moins trois mois pour que ça paie vraiment en matches. Le timing était donc bon pour la fin de saison régulière. Certains joueurs découvraient le hockey professionnel, ou se retrouvaient dans un rôle nouveau avec plus de responsabilités. C’est donc normal que les joueurs fassent des erreurs, ils apprennent ainsi. C’est aussi ce qui nous a couté des points dans la phase aller. Notre bonne fin de saison régulière est donc la conséquence de tout cela, de ce travail de plusieurs mois.

Les statistiques étaient plutôt bonnes pour l’équipe cette saison, on peut citer notamment la troisième meilleure attaque, le deuxième meilleur avantage numérique, la meilleure défense. Qu’en penses-tu ?
Je pense que si l’on regarde toutes ces statistiques, cela montre que l’on aurait dû finir plus haut que la quatrième place. Dans la deuxième partie de saison, nos faiblesses étaient clairement identifiées et c’est devenu un indicateur de performance. Nous savions sur quoi travailler précisément afin d’améliorer les résultats, cela peut donner aussi une indication sur des profils de joueurs qui pourraient être utile pour améliorer ces faiblesses.

Avec cette bonne série de victoires et ces statistiques positives, les Scorpions sont arrivés en playoff avec beaucoup de confiance. Beaucoup, ou peut-être même un peu trop de confiance ?
Notre timing de progression dans la performance était idéal. Maintenant, toute série doit s’arrêter un jour. D’ailleurs aucune équipe de Division 1 n’a enchaîné plus de sept victoires cette saison. C’est aussi à ce moment-là que des évènements se sont produits et ont perturbé notre routine, la suspension de Lukas Kralik, des méconduites face à Neuilly. Je pense que l’on peut dire que beaucoup de nos joueurs n’ont pas encore une très forte expérience des playoff, et cela nous a donc perturbés. On a perdu confiance à Neuilly, face à une équipe qui pratique un jeu très nord-américain sur sa petite glace, qui joue avec beaucoup de cran. On a tout de même réussi à se relancer à l’Illberg, même si on n’avait pas le droit à l’erreur et qu’il fallait faire face à un jeu à la limite pratiqué l’adversaire. Un style de jeu qui leur a réussi, avec la difficulté pour nous de composer avec la tolérance variable selon les arbitres.

On a vu de beaux progrès pour certains joueurs cette saison. Selon toi, quels sont ceux qui ont le plus progressé ?
Si l’on regarde déjà sur le plan statistique, individuellement, pas mal de nos joueurs ont amélioré leurs statistiques par rapport à la saison précédente. Mais c’est aussi normal, dans le sens où nous avons une équipe parmi les plus jeunes du championnat, des joueurs de ces âges sont en plein développement. La progression de certains joueurs a semblé toutefois plus frappante. Raphaël Papa a connu un début de saison délicat avec une blessure, mais à son retour il a franchi une étape. Moins visible, je pense que l’on peut parler de Rolands Vigners qui est selon moi est un des meilleurs attaquants du championnat, lui aussi a été embêté par une blessure d’ailleurs. Bien sûr, je pense que peu de personnes s’attendaient à voir Mika Muller être titularisé en playoff. 
Le développement de nos jeunes joueurs me fait particulièrement plaisir, car c’est avant tout la mission de l’entraîneur d’aider les jeunes à devenir meilleurs. Étant maintenant en France, je me sens investi dans cette tâche d’aider les joueurs français, et encore plus particulièrement les jeunes du cru comme Mika Muller ou encore Maxime Lutz, qui a aussi progressé cette saison. Je suis conscient que certains progrès peuvent être difficiles à déceler depuis les tribunes, mais beaucoup de joueurs ont eu une belle progression en tant qu’athlètes mais aussi en tant que personnes, et l’esprit d’équipe a également progressé au fil de la saison.

Pour retrouver la deuxième partie de cet entretien : cliquez ici

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