3 questions à...

Christer Eriksson et Jan Prochazka

Christer Eriksson

Peux-tu nous en dire plus sur le projet sportif que le club souhaite mettre en œuvre pour l’équipe des Scorpions ?
Depuis trois saisons, nous voulons l’équipe la plus complète, compétitive et homogène que nos moyens nous permettent. Nous voulons désormais aller plus loin. On sait que si l’on veut viser et s’installer durablement en Ligue Magnus, nous devons augmenter nos moyens sportifs, financiers et structurels. Une éventuelle montée doit être la conséquence de l’augmentation de tous ces moyens, et non l’inverse. Le club est entrain d’avancer, à son rythme, vers la professionnalisation dans tous les domaines. C’est dans cette logique sportive que nous voulions un entraîneur, et à terme un staff complet, capable de développer les joueurs individuellement et collectivement. Nous voulons que chacun de nos joueurs puisse avoir un cadre dans lequel il pourra faire des progrès et augmenter son niveau quotidiennement. On a pu déjà constater que Jan et le staff travaillent en ce sens, il y a une concurrence saine qui doit permettre la progression de chacun. Nous sommes déterminés à continuer, et intensifier, dans ce sens en recrutant davantage de joueurs avec une marge de progression, qui sont motivés pour travailler et progresser chez nous. Il ne sera bientôt plus possible de monter une équipe de toute pièce et avoir du succès durablement dans le hockey français. On commence aussi à voir dans les jeunes générations, au sein de notre hockey mineur, des joueurs qui toqueront bientôt à la porte pour intégrer le groupe Scorpions.

En quoi avoir un directeur sportif et un entraîneur différents est important pour mettre un tel projet en place ?
Quand on cumule les deux fonctions, comme c’était le cas les années précédentes, on ne peut pas se consacrer à cent pourcents dans chaque rôle. Pour un entraineur, la priorité immédiate reste de préparer les entraînements et les matches, gérer les problèmes du quotidien. L’entraîneur est un compétiteur. Il veut tout faire pour performer et satisfaire les attentes. Pour travailler sereinement, l’entraîneur a besoin d’objectifs dans la durée. Et ces objectifs s’associent à un projet sportif, qui doit être porté par les dirigeants et permettre de ne pas se concentrer uniquement sur les résultats à courts termes. Avec ce projet sportif à longs termes, on prend un petit risque calculé qui est nécessaire pour viser haut à l’avenir. Avoir des objectifs à longs termes n’empêche pas d’en avoir aussi à courts termes et pour une saison. L’objectif sur la saison reste donc d’atteindre les play-off en se positionnant sur le podium. Un objectif humble et raisonnable même si le championnat est toujours plus dense et homogène. Très simplement, certaines contre-performances d’aujourd’hui nous mèneront à la victoire dans les mois ou les années à venir. Mon boulot c’est de garder le cap pour qu’à long terme on remplisse nos objectifs, tout en donnant les moyens au staff et aux joueurs pour être performants au quotidien. Il y a aussi un projet similaire avec nos équipes jeunes, mais ce n’est pas le propos ici. L’autre avantage de dissocier entraîneur et directeur sportif, c’est que le directeur sportif peut apporter, avec son recul, un deuxième regard et évaluer aussi bien les joueurs que l’encadrement. Il y a plus de possibilités pour observer d’autres matches et des joueurs en vue des prochains recrutements.

Avec la mise en place de ce projet, on est donc déjà au début de la préparation des prochaines saisons ?
Oui, on travaille depuis cet été sur ces projets en étroite collaboration avec les dirigeants du club. On ne peut pas avancer sans un fonctionnement précis et une méthodologie rigoureuse pour obtenir plus de moyens sportifs et extra-sportifs. Si on arrive à faire en sorte de s’installer chaque saison dans le top-3 de la Division 1, on pourra alors systématiquement aborder les play-off avec l’espoir d’aller au bout ! Et si on arrive là, les probabilités de monter en Ligue Magnus augmenteront naturellement. On travaille déjà sur la saison prochaine. On finira cette saison avec une batterie de tests, on prépare des programmes individuels pour l’été et on attaquera la préparation collective dès le premier août avec un gros accent mis sur la préparation physique. On essayera d’intégrer dans l’effectif, durant cette période, des joueurs d’avenir, U17 et U20. Un tournoi de présaison est également dans les tuyaux.

Jan Prochazka

Comment est-ce que le projet souhaité par le club impacte ta gestion de l’effectif et ton management ?
Pour un entraîneur sportif, il existe deux philosophies. La première consiste à gagner à tout prix et ne se concentrer que sur les résultats à courts termes. La seconde consiste à développer son équipe et ses joueurs, dans le but d’atteindre des objectifs plus élevés à longs termes. La philosophie chez les Scorpions est actuellement à mi-chemin entre les deux. Christer et moi croyons fort au développement des joueurs, mais il y a évidemment beaucoup d’attentes autour de l’équipe de la part des fans et des partenaires pour gagner chaque match. En mettant l’accent sur le développement, ça signifie qu’il faut faire jouer tout le monde pour que chacun puisse progresser au quotidien. C’est encore plus important pour les jeunes joueurs. Ca peut impliquer, parfois, de ne pas utiliser un alignement de manière optimale. Les jeunes joueurs commettent des erreurs, c’est aussi en les faisant qu’ils progressent. Il faut accepter ces erreurs, même si parfois ça peut coûter chère. Le début de saison est encore plus difficile car il y a un gros travail physique et ça nécessite beaucoup d’énergie mentalement. Gardons toutefois en tête que, même si nous voulons donner le meilleur temps de jeu possible à tous, un rôle de titulaire se mérite en fonction de l’investissement, des performances, de l’implication et de la volonté montrés au quotidien.

Les Scorpions n’ont encore jamais joué au complet cette saison. Peux-tu malgré tout donner du temps de jeu à tous ?
Je crois au potentiel de chaque joueur composant notre équipe. On a plusieurs lignes, chacune à un rôle particulier mais il n’y a pas de hiérarchie. Il n’y a pas de première, de deuxième ligne. Nous sommes une équipe et c’est ce qui fait notre force. Chaque élément de l’équipe est important. Nous n’avons malheureusement pas encore vu cette saison l’équipe au complet, il y a eu quelques blessures et la qualification de Martin Lucka a pris du temps. Nous avons donc dû improviser et ça a compliqué la tâche pour donner un temps de jeu correct à tout le monde. Malgré cela, ce qu’ont montré les joueurs à Tours est très important. Mickaël Muller démontre qu’il est un gardien au niveau en Division 1, Leyland Plaire a les capacités pour tenir un rôle sérieux, Maxime Lutz a les outils pour jouer titulaire, et enfin des joueurs comme Raphaël Papa ou Kévin Ottino, qui ont eu des pépins physiques, sont des forces vives de notre équipe. Cette équipe a du cœur. Je suis impatient de pouvoir exploiter son plein potentiel, et voir celui de chaque joueur.

Tout ça peut paraître abstrait pour le grand public. Comment convaincre les supporters de la nécessité de ce projet ?
Nos performances sont toujours le fruit de notre travail quotidien à l’entraînement, suivant notre philosophie. Changer les choses nécessite du temps et la patience est une vertu. Pour bien comprendre ce qu’il se passe sur la glace, il est donc nécessaire de commencer par comprendre notre philosophie. Nous l’avons évoquée dans les précédentes questions. Il est important que les gens croient en cette philosophie. Ceci étant dit, chaque match, chaque seconde de jeu, nous ferons tout pour gagner, nous nous battrons sur tous les palets.

3 questions à...

Partager sur